En octobre 2010, avant le déclenchement de la révolution tunisienne, l’Etat tunisien recevait les conclusions de l’étude stratégique d’un grand cabinet international de renommé mondial et qui définissait les axes stratégiques ainsi que les actions prioritaires pour ce secteur vital pour l’économie tunisienne et premier pourvoyeur de devises. Comme dans tout diagnostic, le rapport rappelait les principales caractéristiques de ce secteur, à savoir :

  • Des actifs solides et un savoir-faire historique : géographie, climat, sécurité, histoire et patrimoine, sens de hospitalité et infrastructures (en particulier aéroportuaires)
  •  Un produit essentiellement balnéaire impliquant une forte saisonnalité
  • Une offre d’hébergement peu diversifiée présentant une qualité hétérogène (Offre principalement hôtelière)
  • Des marchés émetteurs à traiter en fonction de la spécificité des attentes clients
  • Une distribution centrée sur les Tours Opérateurs
  • Une image et une communication en écart par rapport aux destinations concurrentes : budget très en deçà des budgets réservés par la concurrence, une déclinaison insuffisante des identités régionales, etc. 

A la suite de ce diagnostic, le cabinet présentait  sa « stratégie 2016 » au Gouvernement tunisien portée par 5 axes majeurs déclinés en 20 actions prioritaires et plus d’une centaine de mesures. Les axes majeurs étant : Diversification & innovation de l’offre ; Promotion marketing ; renforcement du cadre institutionnel ; restructuration des finances du secteur et un tourisme web compatible.

Bien entendu, en déclinant sa « stratégie 2016 »,  le cabinet n’a pas prévu la révolution du 14 janvier (ils auraient pu faire un effort vu le prix payé par l’Etat pour cette étude !). Aujourd’hui et suite aux évènements majeurs survenus en Tunisie, le secteur touristique est bousculé dans le mauvais sens puisque plusieurs piliers (identifiés par le cabinet international) sont mis à mal : sécurité, pays voisins en guerre, des touristes européens qui ne veulent pas venir voir une démocratie naissante et une situation financière encore plus critique. Seul l’image et la communication (point 6 identifié par le cabinet) s’entrouvre amélioré puisque le budget communication et image a explosé : 60 MDT alloués pour redresser la barre avec le résultat que l’on connait ! NO COMMENT !

Pour ma part, je m’étonne que l’on ne saisisse pas cette occasion unique offerte par la révolution pour sonner le glas de la révolution dans ce secteur qui en a bien besoin. A écouter les spécialistes, je ne vois personne proposer une réelle politique de rupture avec le passé (alors que le pays en a besoin et dans bien des secteurs). Ma pensée est toute simple : Comme nous avons fait le choix de remettre le système politique à plat (via l’assemblée constituante), pourquoi ne pas entamer une démarche similaire au sein d’un secteur vital pour l’économie mais il faut bien le dire, complètement perverti par une politique à la Ben Ali depuis plus de 20 ans. Avec comme résultat : un tourisme surendetté bradé à bas prix et qui occulte l’histoire et la culture de notre beau pays ! Je vous le dis franchement, je pense que comme le RCD, beaucoup de Groupes et d’hôtels évoluant dans le secteur avec à leur tête des promoteurs (qui ont endetté leurs unités au démarrage avec un niveau de dettes 3 fois supérieurs à ce qu’ils ont investi de leur propre deniers aidés en cela par un système bancaire qui recevait des « Ta3limets ») devraient tout simplement disparaitre. Le drame, c’est que cette supposée ruée vers l’or au frais du contribuable n’a fait que tirer vers le bas le secteur et pénaliser les promoteurs « sains » dans leur gestion. Un autre facteur aggravant voire pervertissant de ce secteur est sans nul doute la forte employabilité (plus de 500 000 emplois directs et indirects en jeu). Cet élément qui, pendant longtemps, a pris en otage les autorités de Ben Ali a fait que l’on a toujours refusé de voire la vérité en face continue aujourd’hui (sans doute) à biaiser notre analyse !

Pour moi, le début du redressement commence par une réflexion simple ! Il faut tout reprendre à zéro et comme on l’a vu pour notre système politique, cela ne peut pas se faire sans un minimum de casse !

Mohamed Ali Chammari