Chacun d’entre nous est capable de citer au moins un exemple visible et local de la détérioration alarmante de l’environnement de notre pays. Tel tbarki déplorera avec amertume la disparition du « Morjane » ce corail rouge très rare victime, tel autre Gabsi se plaindra que la grande oasis de la ville n’est plus que l’ombre d’elle-même, les habitants de Gafsa, Djerba , Sfax et tant d’autres ne tarissent pas d’exemples dans le domaine et plusieurs numéros de ce journal ne suffiraient pas à tout lister.Pourtant, force est de constater qu’il ne s’agit pas d’un thème primordial pour nos hommes politiques et l’on ne peut pas dire qu’il entraine des débats houleux au sein de l’assemblée constituante. Ceux qui réclament des comptes aux partis au pouvoir sur le sujet se voient opposer une fin de non recevoir pour au moins l’une de ces trois raisons : « il s’agit d’une préoccupation de riche », « ce n’est pas le propos dans un débat pour la constituante » ou encore « il ne s’agit pas de l’urgence du moment ». Pourtant ces trois affirmations sont fausses et il est primordial dans le cadre la solidarité intergénérationnel de les déconstruire.
L’écologie une préoccupation de riche ? Rien n’est plus faux : Les quartiers les plus sales et dans lesquels les déchets sont le moins bien récupérés sont les quartiers populaires et les hameaux dans les régions reculées laissés à l’abandon. Ces habitants de par leurs capacités financières réduites ne peuvent pas envisager un déménagement et sont donc les premiers exposés à la toxicité de ces détritus. La pêche, activité de plus en plus précaire, est également lourdement affectée par la pollution du littoral. Les éleveurs et les petits agriculteurs sont désarmés face la désertification et sont incapable d’engager les dépenses nécessaires pour compléter l’alimentation de leurs bêtes ou de se fournir en matériel d’arrosage et de plantation modernes plus performants. Là encore les exemples ne manquent pas et il ne s’agit pas de réaliser une liste exhaustive mais plutôt de démontrer que pour la couche la plus pauvre de notre population la pollution est un fléau présent et non plus seulement prédit.
A l échelle d’une génération, la détérioration de l’environnement de la planète devrait ne pas être suffisamment importante pour nous permettre à nous êtres humains vivants aujourd’hui de ne pas mourir directement ou indirectement à cause d’une catastrophe écologique. C’est moins vrai pour les générations d’humains à venir si l’empreinte écologique humaine continue dans la même lignée. Aussi, l’intérêt de protéger la planète s’inscrit dans un souci de solidarité intergénérationnelle et implique que notre développement actuel n’entrave pas le développement de ceux qui nous suivront grâce à des mécanismes législatifs contraignants afin que ceux-ci s’inscrivent dans la même optique. Autrement dit, il est nécessaire de fournir les outils obligeant les gouvernants et les législateurs à ne jamais trahir cette volonté originelle. Quelle meilleur moyen existe t’il que la constitution pour le garantir ? Toute réforme engagée par ces acteurs devant être constitutionnelle! Certains partis, dont Tunisie verte, proposent d’inscrire comme annexe à la constitution une charte de l’environnement. C’est une des solutions envisageable, quoiqu’il en soit, il s’agit d’un sujet clairement constitutionnel.
Le chômage et la sécurité sont des thèmes urgentissimes, ce sont deux fléaux qui s’alimentent l’un l’autre et doivent être pris à bras-le-corps par le gouvernement et les autorités locales. Néanmoins, sont-ils plus urgents que le sujet de l’environnement ? Ils sont en fait indissociables comme pratiquement tous les thèmes politiques : en effet s’attaquer à la protection de l’environnement c’est engagé immédiatement des effectifs dans le domaine du traitement et du ramassage des déchets, c’est encourager l’investissement dans le domaine du développement durable, c’est créer des autorités et des instituts auditant et surveillant les indicateurs de pollution etc. Bref c’est créer de l’emploi, qui plus est de l’emploi durable et innovant. Ce thème est également à associer aux domaines de la santé, à celui du tourisme ou encore à celui de l’éducation qui sont des sujets constamment d’actualités.
Des siècles passés nous héritons de technologies et de sciences très avancées. Ces avancées scientifiques se sont longtemps faites dans l’ignorance de l’empreinte écologique de l’être humain. Nous arrivons à un stade où cette empreinte est quantifiable et prévisible, il nous appartient de continuer ces progrès technologiques de sorte que les générations futures puissent en profiter et qu’elles aient la même optique pour les générations qui les suivent. Ainsi pour paraphraser le grand ibn Sīnā : Nous marchions avec des sandales, aujourd’hui la sagesse nous à procurer des souliers.
Amir Boulima





